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antiAtlas des frontières

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Dépassant la cartographie, l’antiAtlas propose une approche inédite des frontières et de leurs vécus au 21e siècle. Les deux expositions présenteront des œuvres élaborées en collaborations par des chercheurs en sciences humaines, des chercheurs en sciences dures et des artistes. Elles offriront plusieurs niveaux de lecture et de formes de participation : les visiteurs pourront découvrir des œuvres artistiques et transdisciplinaires inédites, évoluer dans un espace de documentation transmédia et participer à des expérimentations. Ils seront également confrontés à des photos et des vidéos issues d’un appel à contribution international invitant le public et les migrants à présenter leurs vécus des frontières.

L’antiAtlas mettra le public en interaction direct avec des robots, des drones, des jeux vidéos, des murs ou des installations interactives : l’objectif est de perturber le rapport de simple contemplation entre le visiteur et l’objet de l’exposition. En somme, l’antiAtlas ne vise pas seulement à exposer les mutations des frontières contemporaines, mais il cherche également à interpeller les visiteurs pour souligner combien eux- mêmes sont directement concernés par ces changements.

Le scénario est articulé autour de cinq thématiques :
- Escalade sécuritaire et technologique à la frontière
- Frontières, flux et réseaux
- Contrôles, espaces et territoires
- Incorporation et biographisation de la frontière
- Détournements de frontières

Escalade sécuritaire et technologique à la frontière

Il s’agira de présenter les transformations les plus significatives des frontières des États entre la fin du
20e siècle et le début du 21e siècle, ainsi que le projet de recherche exploratoire de l’IMéRA qui a permis
de cerner ces mutations. L’escalade sécuritaire aux frontières, en Europe et dans le reste du monde, a
radicalement transformé leur nature et leur mode de fonctionnement. Dans le contexte du développement
des flux de personnes, de marchandises et d’informations, les dispositifs de contrôle se détachent des
territoires pour donner aux frontières des formes réticulaires, ponctiformes, ou même s’inscrire dans le
corps des individus.

Frontières, flux et réseaux

Les dispositifs de contrôle créent des disjonctions entre les flux de personnes, de marchandises et les
mouvements financiers, ainsi que des disjonctions entre leurs niveaux de fluidité. Si les circulations des
marchandises et des flux financiers sont facilitées, celles des hommes sont en revanche assujetties à des
contrôles de plus en plus stricts. Ces dispositifs ont bouleversé et profondément réorienté les flux et les
dynamiques migratoires. Ils ont enfin multiplié les drames humains aux frontières.

Contrôles, espaces et territoires

Cette thématique traite du rapport à l’espace et au territoire que provoquent l’escalade sécuritaire et les
conflits aux frontières parmi les populations locales et les populations mobiles. Le durcissement du contrôle
des mobilités, dans un monde où se développent des moyens de communication de plus en plus rapides,
favorise la création d’espaces et de mondes asymétriques et décalés. Il s’agira donc ici de montrer comment
les populations mobiles, mais aussi ceux qui décrivent leurs expériences (chercheurs et artistes) réagissent
et s’adaptent en développant de nouvelles formes de sociabilités et de pratiques de l’espace. Les oeuvres
exposées souligneront également les limites de la cartographie classique pour cerner les espaces vécus et
reconstruits par les populations frontalières et mobiles.

Incorporation et biographisation de la frontière

Il s’agira du processus de détachement de la frontière par rapport au territoire et de son inscription dans
les corps. L’individualisation du contrôle en fonction de profils bio-sociaux et psychosociaux de plus en plus
précisément définis ne conduit pas uniquement à créer de nouvelles hiérarchies définissant des droits à
la mobilité distincts entre les citoyens et les non citoyens. Elle provoque également une incorporation du
contrôle et une biographisation de la frontière. Pour ne plus être identifiés ou fichés par l’intermédiaire
de leurs empreintes digitales certains migrants n’hésitent pas à se brûler ou se limer les doigts ; d’autres
entreprennent de transformer leur identité nationale, leur histoire personnelle et parfois leur identité
sexuelle pour pouvoir bénéficier de programme de protection et d’assistance humanitaire, et ainsi ne pas
être victimes de déportation.

Détournements de frontières

L’État n’est plus le seul acteur aux frontières. Les politiques migratoires et les systèmes de contrôle aux
frontières sont mis en œuvre dans le cadre de coopérations complexes entre les États et une multitude
d’acteurs infra et supra-étatiques, publics et privés. De même, le renforcement du contrôle pousse les
populations vivant aux frontières et celles qui les traversent à réajuster leurs activités, leurs parcours et
leurs modes de passage. Faute de moyens, ces populations sont souvent contraintes de se tourner vers des
individus ou des groupes spécialisés dans le contournement des obstacles physiques (murs, barrières, etc.),
des systèmes de surveillances (radars, drones, systèmes biométriques) et des réglementations juridiques
(visas, systèmes de permis de déplacement, contrats de travail, etc.). L’escalade sécuritaire à la frontière
ouvre donc toujours des opportunités pour des passeurs, des contrebandiers, des fabricants de faux papiers,
mais aussi pour des agences spécialisées dans le recrutement d’employés étrangers, etc. En tirant profit de
cette demande et des failles de ces systèmes, ces acteurs contribuent à faire émerger une économie sociale
et politique complexe. Que ce soit pour l’étudier, la perturber ou encore mettre en lumière les dynamiques
qui la structurent, les chercheurs et les artistes participent directement à cette économie.


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